
Quelqu'un me disait l'autre jour qu'aller en voyage, c'est perdre la notion d'identité. Après avoir potassé quelques temps là dessus, (principalement le front accoté contre une vitre ballotante dans le derrière d'un autobus bondé) je lui répondrai maintenant que je ne suis pas d'accord. Se trouver en "territoire inconnu'', perdre pied devant une réalité nouvelle, c'est à mon avis l'endroit ultime pour se découvrir soi-même, et non pour perdre son identité.
On peut perdre ses repères, perdre le contrôle, perdre la face, perdre ses moyens, perdre son sang-froid, perdre son chemin, mais perdre son identité ? Non.
Je crois au contraire que le fait de justement ne plus avoir de repères, de se retrouver à vivre tout, avec rien, développe exponentiellement la notion de notre propre personne et de notre "uniqui-cité". (Le fait d'être unique, quoi.)
J'espère à croire que je suis plus qu'un numéro dans une institution scolaire, plus qu'une ordinaire passante sur un trottoir bondé en ville, plus qu'une détentrice d'objets divers qui "devraient" être essentiels à ma vie. (on a pu vivre 10 000 ans sans douche eau chaude-froide, sans frigo, sans robinet, sans disques, sans voiture, alouette... Pourquoi maintenant ca serait différent ?) Je veux m'extirper hors de la société créatrice de besoins, pour atterrir dans celle ou ce qui est nécessaire, il est nécessaire pour vrai. C'est à ce moment, et cet unique moment, je crois, qu'on découvre le fruit caché dans la noix. Qu'on découvre qui on est, de quelle couenne on peut avoir, du genre de personne qu'on se décide à devenir.
Contrôlée par les horloges, par les nécessités, par les normes, les attentes, contrôlée par les professeurs, la pression sociale, les livres, la télévision .. What if j'avais envie de perdre le contrôle ? Ou plutôt, de laisser la vie prendre les rennes, quelques instants ?
Ce 3 mois et demie, ce plus de 100 jours à vivre dans des terres nouvelles, je sais qu'il me forcera à vivre et à laisser aller. Se laisser aller à l'inconnu comme on s'abandonne en sautant dans le vide. Je me dois de ne vouloir que ce qui se retrouvera dans mon chemin. Le camion dans lequel je suis assise depuis 14 heures dans des montagnes vient de faire une cervaison ? C'est merveilleux - ma première, et probablement plus excitante crevaison de toute ma vie.
Je me promets donc, ce soir, de m'appliquer à ne désirer que ce qu'il m'arrivera. Et d'en être heureuse. Je pense que j'en reviendrai changée - pas nécessairement pour le meilleur, mais pour le bien. Je saurai qui je suis. (Du moins, plus qu'aujourd'hui.)
Sur ce, après ce billet assez enflammé, au lit. C'est bien beau s'envoler au Mexique, encore faut-il terminer ses (ouf !) examens universitaires. (Contrôle cervical, oui)
- Envie de perdre ( prendre ) pied, quand tu nous tiens..

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